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.Effets sur la flore bactérienne buccale d’un bain de bouche antiseptique
Carlos E. Gomeza, Hilda Maria Villegasb, Dora Cardona R.c

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RESUME
L’objectif de cette étude a été de déterminer les effets du bain de bouche Listerine sur la diminution de la flore salivaire. Cette étude a été réalisée sur des patients en phase active de traitement orthodontique par appareillage fixe (bagues sur les premières molaires supérieures et inférieures, brackets sur les autres dents). La sélection de l’échantillon s’est faite d’après l’indice d’hygiène buccale standard du PTNS (Patient Treatment Need System) développé par Johansen et coll. Pour évaluer l’efficacité du bain de bouche Listerine°, deux échantillons de salive ont été prélevés, avant et après usage. Des dilutions de ces échantillons ont été effectuées (1/100 000), puis mises en culture pour les germes gram positif et négatif, afin d’effectuer un compte complet des bactéries avant et après usage du bain de bouche. La différence obtenue est statistiquement significative d’une réduction des bactéries (p<0.05).

INTRODUCTION
Le risque élevé de contamination du personnel médical par des agents pathogènes divers est universellement reconnu. Ce risque est associé à l’appareil stomatognathique, et plus particulièrement à la bouche et aux voies aériennes supérieures. Cet appareil héberge un grand nombre de micro-organismes, saprophytes ou pathogènes, dont les principaux moyens de propagation sont les sécrétions naso et bucco pharyngées. La plupart de la flore bactérienne buccale fait partie des agents responsables des caries, des affections parodontaires et endodontaires. En pratique dentaire, en plus du risque de contact avec les sécrétions naso et bucco pharyngées., porteuses d’agents pathogènes en provenance des voies aériennes supérieures, il existe un risque de contact sanguin. Le sang est un important véhicule d’agents pathogènes, tout particulièrement des virus du SIDA et des hépatites B, C et D. Dans cet environnement particulier, existe aussi un risque de contamination croisée des patients et du personnel par une dissémination bactérienne ou virale due à des instruments contaminés. Néanmoins, on considère que dans certaines spécialités comme l’orthodontie, le risque est moindre en raison de la faible probabilité de contact sanguin dans la pratique quotidienne. De plus, il est difficile d’appliquer rigoureusement les normes de désinfection aux instruments. Certains auteurs et institutions gouvernementales ont suggéré une technique de minimisation du risque infectieux : l’usage d’un bain de bouche anti-bactérien avant toute procédure dentaire. L’OSHA (Occupational Safety and Health Administration) et l’AHA (American Heart Association) recommandent cette procédure au troisième rang des priorités du “Programme minimum de prévention des contaminations au cabinet dentaire”.1 C’est cette possibilité de réduction du risque de contamination par les micro-organismes par l’usage d’un bain de bouche (procédure rapide, facile et peu coûteuse) qui a présidé à cette étude pour déterminer expérimentalement l’efficacité de l’utilisation du bain de bouche Listerine pour réduire la flore bactérienne salivaire.

MATERIEL ET METHODES
Neuf patients ont été sélectionnés parmi des patients standard d’orthodontie. Ces patients portaient un appareil fixe aux deux arcades, avec des bagues scellées sur les quatre premières molaires permanentes et des brackets collés sur les autres dents. Pour apprécier l’hygiène buccale, la méthode de sélection a été l’indice PTNS (Patient Treatment Need System). Le PTNS a été développé par Johansen et coll. en 1973.

Pour chaque patient, la procédure a été la suivante :

1. Avant de faire asseoir le patient pour son rendez-vous d’orthodontie, un échantillon de salive a été prélevé (10 ml), sans qu’il y ait eu de stimulation de la salivation.
2. On a demandé au patient de se rincer la bouche pendant 30 secondes avec 20 ml de Listerine.
3. Après 30 secondes de bain de bouche, le patient crachait la Listerine et après 30 autres secondes, un échantillon de salive était prélevé (10 ml), sans qu’il y ait eu de stimulation de la salivation.
4. Chaque échantillon de salive à été dilué au 100 000ème. Un aliquote de 10 µl de chaque dilution de salive a été préparé simultanément sur gélose au sang et sur gélose trypticase soja, deux mileux pour bactéries aérobies gram positif et négatif respectivement.
5. Parallèlement, il a été constitué un groupe témoin qui utilisait de l’eau distillée comme bain de bouche. Les prélèvements de ce groupe ont été mis en culture de façon similaire.

Chacun des échantillons inoculés a été mis en incubation à 37°C pendant 24 heures. Après quoi les colonies ont été comptées. A partir du nombre de colonies comptées dans chaque culture, la population totale de bactéries aérobies de chaque échantillon a été calculée, c’est à dire le nombre de micro-organismes par millilitre de salive, avant et après usage du bain de bouche Listerine. Le classement des données a été effectué au moyen d’une table d’allocation du nombre de colonies observées sur chaque échantillon avant et après traitement. Après quoi, la différence du nombre de micro-organismes observée dans le groupe témoin a été calculée de la façon suivante :

- avant bain de bouche. - 30 secondes après bain de bouche.

Avec les valeurs observées avant et après bain de bouche, la réduction de la population de micro-organismes a été évaluée et exprimée en pour cents. Des tests statistiques t de Student ont été appliqués à la différence obtenue pour déterminer la significativité statistique des différences.

RESULTATS
Voyons tout d’abord les valeurs moyennes relevées pour les échantillons de salive prélevés avant usage du bain de bouche chez les patients porteurs d’appareils orthodontiques (brackets, fils et bagues sur les quatre premières molaires permanentes), puis les valeurs moyennes relevées chez ces mêmes patients après usage du bain de bouche Listerine pendant 30 secondes. Ces observations montrent que la réduction du nombre de colonies bactériennes après bain de bouche est de 85% (Tableau I).

Tableau I
Moyenne bactérienne

avant bain de bouche après bain de bouche
465 000 74 777

La valeur de T était de Tc 3.69 (p<0.05) ce qui confirme l’existence d’une différence statistiquement significative entre les comptages bactériens avant et après bain de bouche. Dans le groupe témoin qui avait utilisé de l’eau distillée, la réduction de population microbienne observée était de 10%.

DISCUSSION La flore buccale normale comporte parmi ses 400 différentes espèces2 un grand nombre de souches microbiennes à gram positif ou négatif, aérobies, anaérobies ou aérobies facultatives, ainsi que d’autres pouvant induire des infections des tissus dentaires, parodontaires et autres structures. Il existe néanmoins des facteurs environnementaux qui altèrent le développement normal de la flore bactérienne buccale et favorisent la contamination et la colonisation de la bouche par les micro-organismes. Les appareils fixes d’orthodontie en font partie. Chez ces patients, il a été démontré que l’utilisation d’appareils fixes d’orthodontie - indépendamment de l’hygiène buccale - augmente la population bactérienne aérobie à gram négatif de la salive : lactobacille et spirochète.3 Un autre groupe de micro-organismes pathogènes présents en bouche sont en provenance des tissu mous et des voies aériennes supérieures et peut se transmettre par la voie de la salive, des sécrétions respiratoires et du sang aux instruments de la pratique quotidienne. Parmi les agents infectieux impliqués dans les lésions buccales existent des virus comme celui de l’herpès, particulièrement dans les cas d’infection secondaire à une infection du tractus respiratoire supérieur.4 Le zona herpétique, la rougeole, les oreillons et la varicelle sont des exemples de pathologies d’origine virale. En ce qui concerne les bactéries, il n’existe pas d’exemple de contamination tuberculeuse de dentistes par des patients, bien que cette possibilité ne puisse être écartée. La tuberculose n’a pas été éradiquée et des données sérieuses indiquent qu’aux États-Unis, par exemple, cette affection qui avait décru de 6% par an sur trois décennies, a remonté de 9.4% de 1989 à 1990.5 Un autre facteur à prendre en considération est l’état immunologique du patient. Les patients atteints de déficiences immunologiques telles que celles dues au SIDA, à l’alcoolisme ou à la drogue, sont plus sensibles aux attaques d’agents pathogènes opportunistes. De même, les maladies systémiques ou les traitements qui altèrent le système immunitaire sont un facteur important de développement des infections buccales.6 En raison du risque élevé en pratique dentaire quotidienne, les mesures préventives destinées à la protection du personnel devraient comprendre le port de gants, de masques, de protections oculaires et de vêtements de travail. Les masques doivent être efficaces à 95% contre les particules de 3 à 5 µ et doivent être changés toutes les heures. Les protections oculaires doivent être assez larges pour protéger de la diffusion aérosol.7 Pour protéger le patient, il existe plusieurs méthodes de désinfection et de stérilisation qui devraient éliminer le risque de contamination croisée et d’infection. En ce qui concerne les bains de bouche, des études ont été effectuées depuis les années 70 quant à leur intégration aux protocoles standard de maîtrise de la contamination. A cette époque leur efficacité pour réduire la population buccale totale de micro-organismes avait été démontrée. L’AHA (American heart Association) a donc recommandé leur usage en tant que mesure prophylactique chez les patients présentant un risque d’endocardite infectieuse.8 Les conclusions au sujet de l’efficacité des bains de bouche, et dans ce cas précis de la Listerine, suggèrent qu’un bain de bouche antiseptique devrait être inclus dans tout programme standard de prophylaxie. A ce sujet, les Drs Fine, Mendetia et coll. ont souligné en 1992 que les effets des bains de bouche antiseptiques ne peuvent s’expliquer uniquement par leur action de rinçage. Ils affirment que leur effet principal est l’activité de l’antiseptique sur la réduction de la flore bactérienne, et que l’effet résiduel sur la salive n’influence pas le compte des bactéries survivantes dans l’échantillon.9,12 La Listerine est un antiseptique dont le mécanisme d’action est de dénaturer les protéines des bactéries. Elle peut également agir sur les virus, particulièrement sur ceux qui sont sensibles aux solvants organiques. Pour cette raison, certaines études ont démontré que Listerine avait - parallèlement à ses effets anti-bactériens - des effets anti-viraux. Il a été démontré qu’un bain de bouche de 30 secondes avec Listerine avait un effet anti-viral de 96.3% contre l’herpès simple de type I et II et de 100% sur les virus de type grippal. En ce qui concerne les autres virus, des réductions de 12.2% du Rotavirus et de 14.8% de l’Adénovirus représentent des valeurs non significatives pour ce qu’on attend d’un bain de bouche.10 Considérant les résultats de cette étude, on peut affirmer que s’il existe une réduction de 85% de la flore bactérienne salivaire, le risque de contamination des instruments s’en trouve réduit et donc le risque de contamination croisée des patients. Un bain de bouche en tant que mesure prophylactique doit être précédé d’une recherche d’antécédents bien conduite, d’un vaccin contre l’hépatite B, et suivi d’un lavage de mains, du port de gants et de masques. L’importance de la prévention des contaminations au cabinet dentaire est soulignée par le nombre de publications à ce sujet.11 Elle est développée dans les écoles dentaires. L’AADS (American Association of Dental Schools) a publié un document intitulé “Guide Clinique du Contrôle Infectieux” soulignant la nécessité d’adopter des mesures préventives pour réduire le risque de contamination.

CONCLUSION Bien que la majorité des cabinets dentaires désinfectent et stérilisent leurs instruments et emploient des protections comme les gants, les masques et les vêtements de travail, il est évident qu’une méthode simple et économique comme le bain de bouche peut augmenter l’efficacité des mesures préventives du risque de contamination au cours de l’exercice de la pratique dentaire.

Les auteurs n’ont aucun intérêt financier dans les produits Listerine. Il s’agit d’un bain de bouche antiseptique qui correspondait aux impératifs de cette étude. Les auteurs autorisent l’Orthodontic Cyberjournal à publier ces données.

carique@eccel.com

BIBLIOGRAPHIE

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Traduction : Philippe Mollard, PhD. Paris, France. ajodo1ef@aol.com.