Evaluation clinique des décollements spontanés des brackets APCTM

Lucy L.K. Chung BChD, M.Orth., FDS et W. John S. Kerr, MDS, DDS, D. Orth, FDS, FFD


Introduction

L’utilisation de composites photopolymérisables à la lumière visible pour le collage direct de brackets d’orthodontie s’est développée depuis l’époque de sa première présentation en 1979 par Tavas et Watts.1

Les avantages du collage par photopolymérisation ont été soulignés par Read.2 Le temps de travail illimité et le collage "à la demande" compensent les rapports contradictoires de force d’adhérence moins élevée et de taux de décollement spontané allant de 5% à 23%.

Plusieurs facteurs influencent la résistance du collage direct des attaches orthodontiques et donc le taux de décollements spontanés :

- mordançage inadapté ou trop important (trop long)

- contamination du champ de travail et des surfaces de collage, y compris de la base du bracket

- propriétés intrinsèques de l’adhésif

- variation de la viscosité de l’adhésif

- temps de polymérisation et de prise ne permettant pas un prise complète du composite

- forces masticatrices dépassant la résistance de l’adhésif

- âge du patient, si inférieur à 12 ans5

De nombreux adhésifs photopolymérisables sont présents sur le marché, qui diffèrent par leur charge et leur viscosité, y compris des composites à deux systèmes de polymérisation et des ciments verre-ionomères. Tous, cependant, présentent un risque de contamination de la base du bracket et de variation de la quantité d’adhésif appliquée sur le bracket. Pour surmonter ces inconvénients, des brackets préencollés (APC) ont été étudiés pour améliorer la régularité de l’application de l’adhésif. Les brackets Mini Uni-Twin sont préenduits par le fabricant avec l’adhésif photopolymérisable.

Figures 1 and 2.

 Avant l’introduction du système APC, notre Département d’Orthodontie utilisait couramment un autre composite photopolymérisable (Heliosit). Il s’agit d’un système photopolymérisable à la lumière visible qui contient une résine comportant une di-cétone et une amine et qui réagit à une lumière visible de longueur d’onde 460-480 nm, pour former des radicaux libres qui initient la prise de la résine.

Le Transbond est constitué d’une résine Bis-GMA, de particules de charge, d’une amine et d’un catalyseur (camphroquinone) qui réagit à une lumière bleue de longueur d’onde de 450-500 nm.

Dans la littérature, de nombreux rapports décrivent la résistance et le taux de décollements spontanés de diverses combinaisons de brackets, d’adhésifs et de méthodes de collage. Cependant, la plupart de ces études sont réalisées in-vitro. Il existe très peu d’études cliniques, surtout prospectives. Les études cliniques publiées relatives au système de préencollage se limitent aux procédures d’utilisation6 et à l’usage des brackets APC pour le collage indirect.7

Le but de la présente étude a été de comparer le taux de décollements spontanés de deux systèmes de collage par photopolymérisation en usage dans le Département : les brackets préencollés au Transbond et la combinaison de brackets non préencollés et d’Héliosit.

Matériels et Méthodes

L’étude a porté sur 52 patients ayant reçu un appareillage fixe (35 filles et 17 garçons, de 11 à 30 ans) pris dans l’ordre de leur visite à la consultation. Une fois leur consentement obtenu, les patients ont été répartis au hasard entre les groupes d’étude (préencollé ou témoin). Le groupe préencollé comportait 28 patients et le groupe témoin 24.

Deux étudiants ayant une expérience réelle et similaire du collage direct ont effectué les traitements pour comparer les deux systèmes bracket/adhésif en technique de Roth. Les brackets APC Mini Uni-Twin de 3M Unitek, préenduits de Transbond* ont été comparés aux brackets TP Avant-Edge** collés à l’Héliosit.*** Les deux composites ont été photopolymérisés par illumination à la longueur d’onde 440-480 nm.

* 3M Unitek Corporation, Monrovia, CA

** TP Orthodontics Inc., LaPorte IN

*** Vivadent, Leichtenstein

La procédure de collage direct implique la méthode habituelle préalable de nettoyage de la dent, d’isolation, de mordançage à l’acide orthophosphorique à 37% pendant 30 secondes, de rinçage et de séchage. Pour les brackets APC, un primer a été appliqué sur la surface mordancée de la dent au moyen d’une épongette spéciale. Chaque bracket a été retiré de son emballage sous blister individuel juste avant sa mise en place, placé sur la dent et a subi une pression perpendiculaire pour le faire tenir. L’excès d’adhésif a été nettoyé avant la polymérisation. Pour les brackets Avant-Edge (témoins), l’Héliosit a été appliqué sur la base du bracket par une assistante et le bracket a été passé au praticien pour mise en place sur la dent, puis les débords d’adhésif ont été nettoyés avant photopolymérisation.

Les procédures habituelles de traitement ont été suivies normalement. Tous les brackets perdus au cours du traitement ont été recensés comme décollements spontanés. Les patients ont reçu l’instruction de signaler au Département les brackets décollés aussitôt que possible. Les brackets perdus ont été recollés avec le même matériau qui avait servi au collage initial. La période d’étude s’est étendue sur 12 à 24 mois selon les patients. Le nombre total de brackets collés a été de 837 (454 APC et 383 témoins).

Résultats

Trente-quatre patients (65.4%) ont subi au moins un décollement de bracket au cours de l’étude, ce chiffre se décompose en 14 patients APC (50% du groupe) et 20 patients témoins (83.3% du groupe).

Le taux global de décollement de brackets, pour les deux adhésifs a été de 15.4% (129 brackets sur 837). Ces chiffres comprennent 48 brackets APC (11 sur le même patient) et 81 brackets témoins (15 sur le même patient).

Ce qui donne un taux de décollement de 10.6% pour les brackets APC et de 21.1% pour les témoins. Si les deux extrêmes de chaque groupe sont éliminés, le taux de décollement corrigé s’établit à 8.4% (37/438) pour les APC et 18% (66/367) pour les témoins (figure 3).

Taux de décollements spontanés APC par rapport à Avant-Edge/Héliosit

avec les extrêmes

sans les extrêmes


Figure 3

 Discussion

Le nettoyage des débords d’adhésif a été notablement plus aisé avec APC qu’avec Héliosit, dont la viscosité est plus basse, ce qui implique une quantité résiduelle moindre de matériau excédentaire. On peut supposer une diminution du risque de déminéralisation, mais elle n’a pas été étudiée au cours de cette étude.

Par rapport au groupe témoin, le flottement des brackets a été moindre avec les brackets APC. Lorsqu’il s’est produit, c’était en général à cause d’un excès de primer. Cependant, à la dépose, la plupart de l’adhésif restait sur la dent et devait être éliminé à la fraise. La charge plus importante de APC adhésif demande un peu plus de temps de dépose, mais la meilleure résistance du collage réduit le nombre de décollements spontanés et compense la perte de temps à la dépose.

Le taux de décollements spontanés avec Héliosit (21.1%) est comparable à celui de l’étude prospective de Lovius et coll.4 réalisée par des opérateurs dont l’expérience de collage était minimum, soit 23%. Les deux opérateurs de cette étude ont démontré des taux de décollements respectifs - tous adhésifs confondus - de 12.8% et 18.4%.

La comparaison directe d’Héliosit et de APC dans une étude in-vitro8 a établi qu’APC procure un collage plus résistant et les résultats cliniques de cette étude confirment ces conclusions.

Conclusions

Le taux de décollements spontanés du système préencollé (APC) a été moins de moitié moindre que celui du système photopolymérisable Héliosit, les deux systèmes étant utilisés par des opérateurs d’expériences comparables. Ceci peut provenir en partie de différences intrinsèques entre les deux adhésifs, mais l’absence de contamination de la base du bracket peut également être importante. De plus, la constance de la quantité et de l’épaisseur d’adhésif, ainsi que la facilité de nettoyage des débords de matériau font que le premier système présente des avantages cliniques indéniables.


Remerciements

Cette étude a été soutenue par 3M Unitek Corporation, Monrovia, Californie

traduction française Philippe Mollard, PhD - AJO/DO Edition française - N&M Paris, France 


BIBLIOGRAPHIE

1. Tavas, M.A. and Watts, D.C.:Bonding of orthodontic brackets by transillumination of a light activated composite: An in-vitro study, Br. J. Orthod. 6:207-208, 1979.

2. Read, M.J.F.: The bonding of orthodontic attachments using a visible light cured adhesive, Br.J.Orthod. 11:16-20, 1984.

3. O'Brien, K.D.; Read, M.J.F.; Sandison, R.J. and Roberts, C.T.: A visible light-activated direct-bonding material: an in vivo comparative study, Am .J. Orthod.Dentofacial Orthop. 95:348-351,1989.

4. Lovius, B.B.; Pender, N.; Hewage, S.; O'Dowling, I. and Tomkins, A.: A clinical trial of light activated bonding material over an 18 month period, Br.J.Orthod.14:11-20,1987.

5.Millett, D.T. and Gordon, P.H.:A 5 year clinical review of bond failure with a no-mix adhesive (Right on), Eur.J.Orthod.16:203-211,1994.

6. Cooper, R.B., Goss, M. and Hamula, W.:Direct bonding with light-cured adhesive precoated btrackets, J.Clin.Orthod. 26:477-479,1992.

7. Cooper, R.B. and Sorenson, N.A.:Indirect bonding with adhesive precoated brackets, J.Clin.Orthod. 27:164-167, 1993.

8. Bradburn,G.and Pender,N.:An in vitro study of the bond strength of two light-cured composites used in the direct bonding of orthodontic brackets to molars, Am.J.Orthod.Dentofacial Orthop.102:418-426,1992.